Le développement de la personne, par Carl Rogers.

Carl Rogers (1902-1987) était psychothérapeute. Il s’intéressait particulièrement aux formes de relations d’aide qui favorisent une meilleure appréciation des ressources de l’individu, ainsi qu’une plus grande possibilité d’expression. Il est l’auteur de l’œuvre maîtresse « Le développement de la personne », parue pour la première fois en 1966.

Il y présente sa méthode, l’Approche Centrée sur la Personne, qui met l’accent sur la qualité de la relation entre le thérapeute et son client. Elle se base sur l´écoute empathique, l´authenticité et le non-jugement du thérapeute. Les applications qui en découlent concernent aussi bien la pédagogie, l’éducation que l’accompagnement des individus et des organisations. L’œuvre de Carl Rogers s’adresse ainsi à tous ceux qui sont concernés par les problèmes de relations humaines.

Carl Rogers

Le chapitre sur le traitement des troubles dans la communication entre les individus et entre les groupes revêt une tonalité particulière pour le médiateur que je suis. C’est une des premières études qu’il a rédigé et qui doit donc probablement dater du début des années 1960.

Il fait, déjà à l’époque, le constat que les troubles de la communication ont pour principale origine l’expression des jugements de valeur.

Il insiste sur la nécessité pour les individus de développer des capacités d’écoute active, empathique, dans l’objectif de comprendre réellement le cadre de référence et les positions de leurs interlocuteurs.

Il identifie les blocages liés à cet effort de compréhension que sont la peur de devoir changer son propre point de vue et la place des émotions qui, surtout lorsqu’elles sont fortes, limitent la capacité des uns à assimiler le cadre de référence de l’autre.

Il exprime déjà le besoin de disposer de tiers neutres qui puissent servir de catalyseur pour renouer un dialogue entre des personnes ou des groupes qui s’opposent. Il interpelle donc sur la nécessité de développer la fonction de médiateur pour surmonter les obstacles au rétablissement d’une communication réciproque.

Il explique les bénéfices de cette approche : permettre aux personnes de définir avec précision et réalisme le  problème qui les oppose et de chercher à le résoudre intelligemment plutôt que de s’affronter mutuellement.

Il évoque enfin, contrairement à l’intérêt et aux moyens alloués à l’époque aux sciences physiques, le manque de confiance de notre civilisation dans les sciences sociales et la difficulté à développer ce que ses recherches lui ont permis de découvrir : le moyen de faciliter la communication et la compréhension mutuelle dans les relations interpersonnelles.

Il prévient : « Il peut se passer une génération avant que l’argent et les cerveaux soient mis à contribution pour explorer cette découverte. ».

Le développement de la personne

Mais je ne voudrais pas limiter la présentation de cet ouvrage à cette seule question des troubles de la communication interpersonnelle.

La manière qui me paraît la plus fidèle de vous présenter son livre, et de vous donner envie de le lire ou de le relire, est peut-être de vous retranscrire quelques extraits de l’introduction dans laquelle Carl Rogers se présente. Sa manière de le faire est  éloquente. Et en tant que lecteur nous rentrons d’entrée de jeu dans le sujet : Carl Rogers nous livre, de manière authentique, ce qu’il a appris de lui en tant que personne.

Avant de nous parler des enseignements qu’il tire de ses expériences, Carl Rogers prend une précaution :

« Je voudrais insister sur ce point : ce sont des enseignements qui ont une signification pour moi. J’ignore s’ils seraient valables pour vous. Je n’ai nullement la volonté de donner des recettes, mais je sais que pour ma part, chaque fois qu’une personne a bien voulu me parler de ses options personnelles, j’y ai gagné quelque chose, ne serait-ce que la différence qu’elles présentent avec ma propre orientation. C’est dans cet esprit que je vous soumets les expériences d’apprentissages que voici.»

Sur ses relations interpersonnelles :

  • « Dans mes relations avec autrui, j’ai appris qu’il ne sert à rien, à long terme, d’agir comme si je n’étais pas ce que je suis. »
  • « Mon intervention est plus efficace quand j’arrive à m’écouter et à m’accepter, et que je peux être moi-même. » 
  • « J’attache une valeur énorme au fait de pouvoir me permettre de comprendre une autre personne. » 
  • « C’est pour moi un enrichissement que d’ouvrir des voies de communications qui permettent aux autres de me faire part de leurs sentiments et de leurs univers tel qu’ils le perçoivent. » 
  • « Il est toujours extrêmement enrichissant pour moi de pouvoir accepter une autre personne. » 
  • « Plus je suis prêt à reconnaître ce qu’il y a de réel en moi et chez l’autre, moins j’ai le désir d’essayer à tout prix d’arranger les choses. »

Sur ses actions et ses jugements de valeurs :

  • « Je peux faire confiance à mes expériences. Chaque fois que j’ai fait confiance à la totalité de mon expérience, à un sentiment interne et non intellectuel, j’ai découvert la sagesse de mon action. » 
  • « Une évaluation faite par autrui ne saurait me servir de guide. » 
  • « A mes yeux l’expérience est l’autorité suprême. Aucune idée, qu’il s’agisse de celles des autres ou des miennes propres, n’a le même caractère d’autorité que mon expérience. C’est à elle que je dois revenir sans cesse pour m’approcher de plus en plus de la vérité qui se développe graduellement en moi. » 
  • « J’ai du plaisir à discerner un ordre dans mon expérience. La recherche est un effort constant et discipliné pour donner un sens et un ordre aux phénomènes de l’expérience subjective. Elle se justifie parce qu’il est satisfaisant de percevoir le monde comme étant soumis à un ordre et parce que la compréhension des relations ordonnées qui régissent la nature donne des résultats enrichissants. » 
  • « Les faits sont mes amis. J’ai sans doute mis longtemps à comprendre que les faits sont toujours mes amis. Le moindre éclaircissement qu’on puisse acquérir dans n’importe quel domaine nous conduit beaucoup plus près de la vérité. Or, s’approcher de la vérité n’est jamais nuisible, ni dangereux, ni inconfortable. C’est pourquoi bien que je déteste encore avoir à réviser mes opinions, à abandonner ma façon de percevoir ou de conceptualiser, j’ai fini pourtant par reconnaître, dans une grande mesure et à un niveau plus profond, que cette pénible réorganisation est ce qui s’appelle apprendre et que, aussi désagréable qu’elle soit, elle mène toujours vers une perception beaucoup plus satisfaisante, parce que plus exacte, de la vie. » 

 

Ses découvertes les plus enrichissantes pour lui, parce que grâce à elles il se sent plus proche d’autrui :

  • « Ce qui est le plus personnel est aussi ce qu’il y a de plus général. J’ai presque toujours découvert que le sentiment qui me paraissait le plus intime, le plus personnel et par conséquent le plus incompréhensible pour autrui s’avérait être une expression qui évoquait une résonnance chez beaucoup d’autres. J’ai fini par conclure que ce qu’il y a d’unique et de plus personnel en chacun de nous est probablement le sentiment qui, s’il était partagé ou exprimé, parlerait le plus profondément aux autres. Cela m’a permis de concevoir les artistes et les poètes comme des êtres qui osent exprimer ce qu’il y a d’unique en eux. » 
  • « Mon expérience m’a montré que, fondamentalement, tous les hommes ont une orientation positive. Je ne crois pas avoir une vue naïvement optimiste de la nature humaine. Je suis tout à fait conscient que, par besoin de se défendre de ses peurs internes, l’individu peut en arriver à se comporter de façon incroyablement cruelle, horriblement destructive, immature, régressive, antisociale et nuisible. Il n’en reste pas moins que la recherche et la découverte des tendances très positivement orientées qui existent chez nous, au niveau le plus profond, constituent un des aspects les plus réconfortants et les plus vivifiants de mon expérience. » 
  • « La vie, dans ce qu’elle a de meilleur, est un processus d’écoulement, de changement, où rien n’est fixe. La vie évolue au gré d’une compréhension et d’une interprétation de mon expérience, qui changent constamment. Elle est un continuel processus de devenir. »

 

J’espère que cette présentation vous aura donné l’envie de vous plonger entièrement dans ce livre, ne serait-ce que pour y confronter vos perceptions.

Pierre Trahand

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

w

Connecting to %s